Édito de Charles Melman : Retour au purgatoire

L’épidémie avait soudain donné du prix à l’existence en faisant oublier la façon dont l’engouffrement dans la production et la consommation la tamponnait. Le retour  des goûts simples, de l’air pur,  l’éclat de la lune et des étoiles dans un ciel nettoyé donnait le sentiment d’une réappropriation de la vie. À l’agitation  permanente des transports avait succédé la possibilité d’habiter non pas un dortoir mais peut-être un domicile.

Le souci maintenant des responsables politiques est de faire repartir la machine. La surconsommation et le gaspillage sont en effet la condition de l’emploi. De sorte qu’il s’agit d’exciter convenablement le troupeau pour qu’il retrouve son affairement et la gloutonnerie nécessaires, et ce alors que, paraît-il, les Champs Élysées restent vides et que gonfle chez le particulier le portefeuille des économies.

Il n’est sans doute pas superflu que des psychopathologues incluent dans leurs interrogations la condition qui asservit l’espèce à une telle aliénation.