En psychopathologie comme ailleurs, le réel n’est jamais indépendant des termes à partir desquels nous l’abordons. Et si les auteurs que nous reconnaissons comme classiques nous enseignent toujours, c’est qu’ils ont mis ce principe en pratique, chacun selon son style singulier.
La folie n’a certes pas besoin de nos études pour exister réellement, que ce soit celle des asiles, ou notre folie, disons, plus ordinaire. Mais le réel qu’elle forme n’existe pas de la même façon dans le lien social et ses représentations, dans le travail des praticiens, enfin dans l’expérience de chacun, selon qu’on aura décidé de l’aborder en prenant appui sur certains termes ou bien sur d’autres (que l’on se reporte ici par exemple aux récentes appréciations, par l’un de nos députés, concernant la prise en charge psychanalytique de l’autisme).
Notre rapport au réel, dans la théorie comme dans la pratique, est bien principalement tributaire des termes avec lesquels nous essayons de le déchiffrer et de le lire. La psychanalyse représente d’ailleurs, dans notre discipline, la tentative de prendre en compte ce fait et ses conséquences : puisque c’est l’expérience dont une cure est supposée marquer le parcours.
C’est aussi pourquoi notre École encourage de principe et dans son enseignement ordinaire (les TD par exemple) ou les événements qu’elle suscite, et bien sûr dans ses recherches, tout ce qui peut nous aider à lire ce réel, et à questionner ses aspects problématiques ou les évidences trop établies à son sujet.
Nous avons ainsi pu bénéficier depuis le début de cette année scolaire de trois conférences remarquables : l’une sur le travail du poète, d’Esther Tellermann ; une autre sur certains aspects de la clinique contemporaine, de Jean-Pierre Lebrun, avec la participation très stimulante de Marcel Gauchet au débat qui a suivi ; et la troisième sur une posture d'artiste, metteur en scène, de Philippe Adrien, également originale dans sa forme et son propos. Nos étudiants ont apprécié, semble-t-il, ce qu’ils pouvaient trouver là d’éclairages inédits sur certaines questions majeures qu’ils rencontrent ou qu’ils travaillent dans leurs recherches et leur formation.
La première journée d’étude de cette année, le 3 décembre dernier — Psychanalyse versus psychothérapies — a permis de donner quelques éléments d’orientation utiles sur cette question très importante, persistante dans notre actualité, de ce qui distingue effectivement la psychanalyse des psychothérapies. Elle a bénéficié des contributions éclairantes et du talent notamment du Dr. Aldo Naouri, qui ouvrait la journée, et de Philippe Grosbois, maître de conférences à l’université catholique d’Angers. Notre collègue Marie-Christine Laznik a également apporté une contribution précieuse et remarquée à partir de ses travaux sur la prise en charge possible et la clinique de l’autisme infantile, en s’appuyant sur un film réalisé par ses soins.
Mentionnons une matinée de travail tenue à l’Ecole pratique le 4 février dernier, pour scander le travail en cours depuis le début de cette année scolaire d’une lecture croisée de Freud, Lacan et Wittgenstein. Elle était d’une qualité manifeste, du fait d’interventions précises, questionnantes et peu scolaires, dont nous devrons veiller à assurer une mise à disposition prochaine et souhaitable pour tous nos étudiants, et pour d’autres qui pourront désirer à juste titre prendre connaissance de ces travaux.
Les prochains rendez-vous de cette année s’inscriront dans ce fil et participent du même esprit.
Nous accueillerons le 15 mars Catherine Millet, écrivain et critique d’art, directrice de la revue Art Press, qui parlera de ce que peut être un récit aujourd’hui, en relation avec certaines questions sensibles dans l’art contemporain.
Enfin le 9 juin aura lieu la 5ème journée d’étude de l’EPhEP, Freud, Lacan, Wittgenstein : lectures croisées. Elle nous sera l’occasion de lire, de questionner et de préciser, à la faveur de ce rapprochement, des approches de la psychopathologie qui ne se recoupent pas, mais qui sont aussi assez affines pour que leurs lectures croisées, justement, soient possibles et propres à nous instruire comme à nous surprendre.
Bonne continuation à chacun et à chacune.
Stéphane Thibierge
Les inscriptions 2012-2014 sont ouvertes jusqu'au 15/09/2012
Les 4 grandes conférences cette année à l'Ecole